Historiquement parlant, cette question de la reprise visible rejoint un débat bien plus ancien que le crochet lui-même. Dans de nombreuses traditions textiles régionales, la rapiéçage et le reprisage n’ont jamais été pensés comme des aveux de pauvreté ou de maladresse, mais comme des gestes techniques à part entière, transmis au même titre que les points d’origine. Il faut remettre dans son contexte le fait que nos grand-mères reprisaient avec des fils choisis, parfois contrastants, non par manque de moyens mais parce que la solidité et la lisibilité du geste comptaient davantage que l’invisibilité totale. Ce que décrit SashikoTardif à propos du boro appartient d’ailleurs à cette même famille de pensée, bien que venue d’une tradition textile distincte. Ce qui me frappe dans ce fil, c’est qu’on retrouve spontanément, sans l’avoir cherché, une sagesse qui a traversé plusieurs continents et plusieurs siècles de pratique textile avant d’arriver jusqu’à nos ouvrages crochetés.